
8 Feb 2010
Trottoirs verglacés, rues mal déneigées depuis des semaines, multitude de fractures: la première puissance économique européenne, à commencer par sa capitale, n'arrive pas à combattre un hiver particulièrement tenace et les Berlinois perdent patience.
"Seize milliards de tonnes de neige et de glace" recouvrent l'Allemagne, selon le ministre des Transports, Peter Ramsauer qui a appelé les citoyens à faire preuve de "plus de patience" face aux retards dans les transports publics.
Cet hiver, "le plus rigoureux depuis 1987 et le 12e plus froid depuis 1900, nous réapprend l'humilité devant la nature", a-t-il souligné.
Les rues de la capitale, revêtues d'une épaisse croûte de neige glacée, promettent d'être une torture pour les stars de cinéma qui se risqueraient à s'aventurer en talons aiguilles à la 60e édition de la Berlinale, qui débute jeudi.
Transformés depuis Noël en patinoire, les trottoirs traités uniquement avec du sable et des graviers pour des raisons écologiques, restent extrêmement glissants, y compris dans des endroits hautement touristiques comme la Porte de Brandebourg ou la Potsdamer Platz.
"A Hambourg, ce n'est pas mieux. C'est tout simplement honteux, on peut glisser à tout moment et cela fait un mois que ça dure", s'énerve un couple de retraités M. et Mme Langhoff, en traversant à petits pas une rue proche de la Potsdamer Platz.
A la Charité, le plus grand hôpital berlinois, Tobias Lindner, médecin en chef des opérations d'urgences ne "compte plus le nombre des opérations après les chutes dues au verglas".
"Ce week-end nous avons opéré 24h sur 24h des fractures dues au verglas et aux accidents de luge" et "en ce moment nous faisons uniquement les opérations d'urgence, les autres sont reportées", a-t-il précisé à l'AFP.
A Berlin, 18.000 passages pour piétons ont été déneigés manuellement cet hiver et les routes sablées, selon les services municipaux de nettoyage (BSR).
Mais depuis les années 1980, les propriétaires d'immeubles ne sont plus tenus de briser la glace à la pioche devant chez eux. Il leur incombe juste de balayer la neige et disséminer du sable ou des graviers sur leurs parcelles de trottoirs. Et tous ne le font pas ou pas suffisamment. Comme en témoignent les multiples appels de citoyens mécontents qui se plaignent du manque de volonté des voisins pour dégager les rues.
"Ce matin on a eu plus de 700 appels" du genre, racontait lundi une réceptionniste chez BSR.
"Ces dernières semaines les ordures n'ont pas pu être ramassées dans certains endroits", les éboueurs ne pouvant accéder aux bennes dans des cours enneigées ou même approcher des entrées d'immeubles non déblayées, observait Bernd Müller, porte-parole de BSR.
Pour l'instant, selon lui, Berlin ne connaît "pas de pénurie de sel routier", contrairement à d'autres communes allemandes qui ont tiré la sonnette d'alarme d'autant que de fortes gelées sont à prévoir dans les prochains jours et que la neige est attendue en milieu de semaine.
A Hambourg, où une "réunion de crise sur le verglas" était organisée lundi, il faudra patienter jusqu'à l'arrivée à la mi-février de deux cargos de sel venus du Chili et du Maroc, selon la radio locale NDR 90,3.
Dimanche, le ministre Ramsauer a dit envisager constituer une "réserve nationale de sel routier", au grand dam des organisations écologiques.
"Une partie pénètre dans le sol et anéantit les arbres et les plantes. Une autre se déverse dans les eaux et tue de plus en plus d'espèces de poissons", met en garde Daniel Jansen de l'organisation de protection de l'environnement BUND.
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